Entre goûts et dégoûts : le repas expérimental

InTheMouth

In the Mouth-Dans la bouche est le projet artistico-gastronomique d’un collectif de créateurs montréalais qui questionne l’expérience du goût, de la cuisine et de son partage.
Encore dans sa phase de développement, le projet ne prendra forme qu’en 2014, mais un événement prototype a été organisé en guise de mise en bouche.
Daily tous les jours (Mouna Andraos et Melissa Mongiat) et Mister Jaune (Nicolas Fonseca), avec la complicité de l’équipe et du chef du restaurant Tripes et Caviar, nous ont donc conviés à une soirée décrite comme un événement expérimental de bouffe.  Un événement prototype, mais sympathique, précise-t-on. Et ce fut le cas. L’expérience a commencé une semaine avant, alors que chaque convive a été invité à répondre à un questionnaire sur ses goûts et dégoûts, ses souvenirs d’enfance et son outil de cuisine préféré. Le soir venu, première consigne en arrivant : laisser montre et téléphone à l’entrée.
Quel plaisir de passer une soirée entière sans voir les gens scotchés à leur appareil, plus affairés à rendre compte de la soirée qu’à la vivre.
Dans le restaurant de Verdun,  une longue table recouverte d’une nappe blanche trônait au milieu de la salle. Pendant que nous sirotions notre cocktail, des femmes brodaient la nappe, définissant les contours de différents ustensiles de cuisine ensuite déposés chacun à sa place. Le repas, pris debout autour de la table était composé de trois services. La nourriture a été posée directement sur la nappe, sans vaisselle, ni couverts. Le chef et son équipe ont dressé les plats et leurs condiments à la façon d’un tableau, en les jetant, en les disposant en compositions plus ou moins harmonieuses sur toute sa longueur.

Au menu du premier service : moêlle de thon et son tartare, parfait de foie et feuilleté, œufs de poissons, crème sûre, légumes marinés… Des préparations plutôt raffinées qui contrastaient avec le coté trash de leur présentation. Et même si des ustensiles étaient à notre disposition, il y a eu un plaisir certain à prendre la nourriture avec ses doigts, à en sentir la température, la texture.

Avant le deuxième service, les restes ont été débarrassés, la nappe tachée déroulée afin de laisser place à une nouvelle page blanche. Les brodeuses sont revenues, et grâce à leurs fils, la table a été séparée en deux sections : Love et Hate. On l’a vite compris, il a été ici question de nos réponses au questionnaire. Ont été cuisinés et mêlés en des combinaisons inédites tous les goûts aimés et  malaimés des convives.

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Chacun a cherché les siens parmi les têtes de saumon confites avec langue de homard aux escargots, la cervelle de veau meunière, le chili lentilles, le mac’n cheese, le risotto aux bananes ou les choux de Bruxelles… On ne savait plus de l’appétit ou du dégoût lequel des deux l’a emporté. La nourriture était abondante, odorante, à la fois délicieuse et un peu répugnante dans son trop plein de saveurs mélangées.

Le troisième tableau a été consacré à nos souvenirs d’enfance, sucrés ou non : spaghetti, pizza, hot chiken, mais aussi pudding, croustade, gâteau aux fraises. Le sucré l’a emporté largement, apportant une touche rassurante à cette soirée un peu déroutante.
Bien qu’il puisse être une finalité en soi, on sentait bien que cet événement n’est qu’une partie d’un tout plus grand dont on ne discernait néanmoins pas encore les contours.
Interrogé à ce sujet, Nicolas Fonseca parle d’une programmation qui mêlera divers supports (événements, site, web et film) et qui proposera aux gens divers scénarios pour cuisiner et recevoir autrement.  On peut imaginer une liste de courses extravagante, des recettes qui font appel à l’imaginaire des hôtes et de leurs convives, des rendez-vous à créer chez soi un peu à la façon de cette soirée.

À suivre…


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