Hallucinations hambourgeoises

De temps à autre, entre deux adresses programmées, s’intercale un mirage dans les assiettes. Celui de cette semaine s’appelle Flammée. Et cette hallucination vient du fait que vous pourriez passer devant 100 fois sans le remarquer tant il est discrètement caché à l’intérieur d’un bar (Brasserie Cherrier), genre taverne du Plateau, assez classique, odeurs de houblon et télés aux murs (huit gros écrans) tonitruant les résultats sportifs du moment.
De l’autre côté de la rue Saint-Denis, juste en face, les nappes sont tendues et les dîneurs bon chic, bon genre. Chez Flammée, la faune est plutôt colorée, mon’oncles en marcels décolorés, groupes d’amis éclusant une petite pinte ou deux, ex-beaux gominés; ça parle fort et rit beaucoup. Compte tenu de la qualité de la cuisine, on commence par contre à y croiser beaucoup d’autres clients, atypiques pour l’endroit.

Le tuyau m’avait été passé par Zeke, la référence montréalaise en hamburgers, qui semblait particulièrement enthousiaste. Dans mon souvenir, cette adresse tenait davantage du bar de motards que de la halte gourmande. Malgré tout, je suis venu (trois visites), j’ai vu (et surtout goûté) et je suis encore bouche bée.

Car une fois la commande passée, commencent les surprises. D’abord, Zeke oblige, LE hamburger. Préparé «à la commande», c’est-à-dire encore mieux qu’à la maison, dans une portion de haut de surlonge (boston) coupée au couteau puis hachée; cuite irréprochablement selon les vœux du client, la viande est glissée dans un petit pain maison, autre particularité remarquable, avec les accompagnements de circonstances et une petite sauce parfaite. Prestation exceptionnelle. Textures, saveurs, etc. Il est rare que je m’enthousiasme pour ce genre de plat ailleurs que sur mon barbecue, mais là, vraiment…

Ensuite, quelques plats issus de l’Alsace d’origine du chef, notamment cette flammekueche (tarte flambée), déclinée en versions traditionnelle, forestière ou carrément gratinée. À essayer également: un tartare de légumes qui fera le bonheur des végétariens et des non-végétariens tant il est impeccable; petits dés de champignons, poivrons, fenouil, concombres, courgettes et avocat; dentelle de ciboulette, d’aneth et de basilic; un voile de citron; une mantille d’huile d’olive. Du pur bonheur.

Les deux anciens de chez Laloux qui ont eu l’idée saugrenue d’installer leurs poêlons dans ce lieu improbable bien que fort divertissant savent cuisiner, et l’on retrouve dans le soin apporté à chaque plat servi chez Flammée le souvenir de la patte d’André Besson, chef incontournable qui a allumé les midis et les soirs de cette maison de l’avenue des Pins.

 

Flammée, 3638 Saint-Denis – 514 877-3838. Ouvert midi et soir du lundi au vendredi.

Share on Facebook

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>