La viande s’expose

Êtes-vous récemment passé sur l’avenue Mont-Royal Est, juste au coin de la rue Cartier? Le nouveau boucher qui vient d’ouvrir, Olivier Dupuy, de La Boucherie Père & Fils, a choisi de placer sa chambre froide à l’avant.

Boucherie PereFils_2

Sa particularité? Elle est entièrement vitrée et donne directement sur le trottoir. On peut ainsi contempler les carcasses de viande, les voir rassir et « fleurir » tranquillement. Cela étonne, cela choque un peu. Mais personne ne reste indifférent. Bien joué. Et bien « vu ».

Boucherie PereFils_1

Cette nouvelle tendance des viandes qui s’exposent, ce « phénomène d’esthétisation de la boucherie » comme le souligne le sociologue français Jean-Pierre Poulain dans son récent Dictionnaire des cultures alimentaires, a le mérite de nous reconnecter à la fois avec la réalité, (celle de l’animal consommé et de l’abattoir) et à une certaine nostalgie (Ah! C’est comme autrefois!). C’est aussi une manière de réagir face à l’intensification des élevages, aux crises sanitaires. Une démonstration concrète de la traçabilité. Et pour ceux qui l’auraient oublié, ou simplement honni, nous sommes encore des carnivores. La viande que nous consommons se présente sous cette forme. Donc exposer rassure et informe à la fois.

Grande Epicerie Paris

L’arrière passe à l’avant. Le caché ne se cache plus. « On sent que c’est vrai. » confesse une « qui-ne-sera-jamais-cliente » végétarienne qui a fait le tour du nouveau commerce d’Olivier Dupuy. Pour ce maître boucher fraîchement installé, on n’achète plus un prix mais une provenance. Les provenances s’exposent donc : voici ma cuisse de bœuf, ma longe de porc, mon épaule d’agneau. Me voici. Boucher version 2013.

Photos du haut et du milieu : La Boucherie Père & Fils, 1881 Mont-Royal Est, Montréal (514 903-9899)

Ci-contre le nouveau comptoir boucherie de La Grande Épicerie de Paris qui a ouvert cet été.


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